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KITTY. En tête de la course, on aperçoit… Dracula. C'est Dracula, je le reconnais très bien. CHESTER. Dracula ? Tu es sûre ?
KITTY. Oui, en tête, il s'avance, il s'avance le premier avec plus de six mètres d'avance sur le peloton… mais il a l'air fatigué. Il pédale avec difficulté. Le vélodrome est bourré de spectateurs qui crient : « Dieu seul est grand. » TENNIEL. Dracula tient toujours la tête. KITTY. À présent un autre cycliste s'approche de lui, il porte le même maillot et de la même couleur. TENNIEL. Un de ses équipiers. KITTY. Il se pique la veine du bras… il lui donne son sang, c'est une transfusion. Dracula boit le sang de l'autre. TENNIEL. Que font les juges ? KITTY. Il n'y a pas de juges mais des infirmières avec des mitrailleuses : elles tiennent le public en respect mais il crie plus fort que jamais sur l'air des lampions : « Seul Dieu est grand. » CHESTER. Tenniel, comme j'ai froid soudain, comme si mes sentiments se chargeaient de racines noires. KITTY. Il y a un coureur comme toi, Chester, on l'a couronné d'épines. Les soldats se moquent de lui et lui disent en manière de plaisanterie qu'il est roi.
[...]
VOIX DE KITTY. Les gens crient :
« Seul Dieu est grand
» et l'homme à la couronne d'épines s'échappe à bicyclette. Après sa première crevaison. Il roule, tout à fait calme, escaladant les premiers obstacles de la montagne. [...]
La Reine de cœur applaudit l'homme à la couronne d'épines, qui a trois cents mètres d'avance sur ses poursuivants, deux larrons et un centurion.
[...] Les deux larrons arrivent à la hauteur de l'homme à la couronne d'épines, épuisé par l'effort de l'escalade. Deuxième crevaison. Le petit Chaperon Rouge lui essuie le front avec un grand linge et les traits du coureur y restent gravés.
[...] Il atteint le sommet, sa bicyclette tient debout mais lui tombe les bras en croix.
Quelle minute ! Seul le lièvre de Mars prend son thé, imperturbable. L'homme à la couronne d'épines vient de déclarer à un inconnu :
« Pourquoi m'as-tu abandonné ?
»
[...]
Fernando Arrabal, Jeunes barbares d'aujourd'hui
(Christian Bourgois, 1975, pp. 34-37, 40)
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