PACEMAKER

 

 

 

 

ANTOINE BLONDIN

Sur le Tour de France

 

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La face cachée de la lutte

Nul ne disconviendra que le dopage puisse être une pratique catastrophique, l'arme illusoire des plus faibles, une épingle de nourrice. À travers lui, une planète où tout devrait s'affirmer dans une allégresse contagieuse – l'audace, le courage, la santé – une planète révèle qu'elle possède aussi sa face d'ombre où tout se tait. C'est la face cachée de la Lune, avec ses vallées de la ruse, ses cratères du soupçon, ses mers de la répression. C'est la face cachée de la lutte.

[…]

Étant entendu que nous rêvons d'archanges à roulettes, dont la blancheur ne risquerait pas de se ternir au contrôle et qui nous donneraient une estimation flatteuse du cheptel humain, j'émets l'opinion personnelle qu'il y a, malgré tout, une certaine grandeur chez des êtres qui sont allés chercher dans on ne sait quel purgatoire le meilleur d'eux-mêmes. On a certes envie de leur dire qu'il ne fallait pas faire ça, mais on peut demeurer secrètement ému qu'ils l'aient fait. Leurs regards chavirés nous sont une offrande. Nous pensons que demain dispersera ces nuages. Du moins se seront-ils une fois offerts aux acclamations et aux outrages pour que tourne le somptueux manège, ce concours permanent où ils se veulent élus.

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Antoine Blondin, Sur le Tour de France
(La Table ronde, 1996, pp. 77, 81)