Il n’y a rien de plus idéal pour la bicyclette que la montagne.
– Comment faites-vous ?
– Drôle de question ! Il n’y a que l’équilibre à conserver, autrement je me laisse descendre. N’en doutez pas, j’ai de puissants freins.
– Oh ! Je ne parle pas de descente.
– De montée ? Comment je fais en montée ? Eh bien je change de vitesse, puisque les vitesses existent. Maintenant, si c’est trop dur (il y a dans les rochers des côtes qui n’ont plus rien d’humain, parce que le génie a beau s’évertuer, il a été impossible, là où il n’y a que le vide, de faire de larges contours pour les concevoir réglementaires selon le code Napoléon) dans ce cas, je change encore de vitesse…
– Vous étiez en première sans doute.
– Il y a une vitesse à peine moindre que la première, qui est d’aller à pied.
– Et de pousser.
– On pousse autant si on reste en selle. C’est fort agréable un peu de footing quand on voit luire des cristaux et s’épanouir entre les crottes des bouquetins les immortelles grises.
[...]
Charles-Albert Cingria, « La bicyclette et la montagne »
(Journal de Genève, 19 juillet 1940) |