PACEMAKER

 

 

 

 

OLIVIER DAZAT

L'Honneur des champions

 

Éloge de l'impureté

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Les coureurs cyclistes sont désormais aussi menacés que les Indiens d’Amazonie. Un champion n’est pas un citoyen. Il se dope, et alors ? Se doper, chez eux, n’est pas tricher. Le haut niveau est dommageable par nature. Van Gogh a perdu une oreille, Artaud la raison, Balzac et Proust leur santé. Dans un pacte faustien assumé, le champion troque de sa jeunesse contre l’exercice mortifère d’un désir de gloire irrépressible. Le peloton sait reconnaître ses tricheurs. Ils ne sont pas ceux désignés par les forces publiques. Les lois du peloton sont orales, et certains déroulements de courses sont d’indéchiffrables hiéroglyphes. La langue des coureurs est un dialecte qui nous est inconnu. S’ils pratiquent la langue de bois, s’ils mentent, c’est que leur vérité nous est étrangère. Le peloton est un monde clos, carcéral, avec des caïds, des porte-flingues, des demi-sel. Il y a les vrais champions qui durent et se construisent un palmarès en se dopant, ceux éphémères qui gagnent pendant deux ans avant de s’échoir dans les profondeurs d’un classement en se dopant aussi. Chacun reste à sa place. Que sont devenus aujourd’hui Giorgio Furlan et Evgueni Berzin pour s’être pris pendant quelques mois pour Roger De Vlaeminck et Bernard Hinault ? L’abus s’autodétruit de lui-même. L’épreuve du dopage est identique à celle du froid, de la canicule, de la montagne.

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Olivier Dazat, L'Honneur des champions
(Paris, Hoëbeke, 2000, pp. 6-7)