PACEMAKER

 

 

 

 

JEAN-LOUIS EZINE

De la littérature considérée
comme une vélomachie

 

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On sait d'ailleurs trop peu que la plume et la petite reine entretiennent des liens de contrebande, qu'elles sont peut-être enchaînées par des accointances illicites. Jacques Anquetil habitait un château qu'il ignora longtemps avoir appartenu aux Maupassant, où Flaubert lui-même avait veillé son ami mourant Alfred Le Poittevin. Car en dehors des corrélations historiques qui démontrent que le premier a été inventé par la seconde, le cyclisme entretient des rapports clandestins avec la littérature. Entre elle et lui, il n'y a plus de place pour le hasard. Le vélo et les mots ont toujours été dans des complots, des réciprocités frauduleuses, des échanges romanesques.

Au début, tout était bien ordonné. Voici comment les choses se sont passées. Les écrivains, par métier, font une grosse consommation de personnages dont ils ont un impérieux besoin pour nourrir leur mythologie. Quand la réalité ne suffit plus à les fournir en héros fiables, ils les inventent par toutes sortes de procédés astucieux. L'un des plus sûrs consiste à installer des jeunes gens sur des bicyclettes et à les y maintenir pendant de très longues heures, plusieurs jours de suite, plusieurs semaines de rang. C'est un exercice qui forge le caractère et il est bien rare qu'il ne produise pas l'effet recherché.

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Jean-Louis Ezine, « De la littérature considérée comme une vélomachie », Un ténébreux
(Le Seuil, 2003, pp. 25-26)