PACEMAKER

 

 

 

 

ALFRED JARRY

César Antechrist

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Acte héraldique, scène VI

De même aux MÊMES et à un TEMPLIER de gueules à la croix d’argent, et au BÂTON-À-PHYSIQUE, pal ou fasce de gueules, roulant sur ses extrémités.

 

LE TEMPLIER. – Phallus déraciné, NE FAIS PAS DE PAREILS BONDS.

FASCE. – Pal ou fasce, reflet de mon maître, en toi je me remire en mon reflet.

LE TEMPLIER. – Tu es une roue dont la substance seule subsiste, le diamètre du cercle sans circonférence créant un plan par sa rotation autour de son point médian.

FASCE. – Tu es la roue, tu es l’œil, demi Saint-Esprit, Éternel.

LE TEMPLIER. – La substance de ton diamètre est un point. La ligne et son envergure sont dans mes yeux, clignant devant les rayures d’or et vertes d’un bec de gaz palloïde.

FASCE. – Squelette, en tes culbutes d’ara, tu es le Christ ou Saint-Pierre.

LE TEMPLIER. – Le cycle est un pléonasme : une roue et la superfétation du parallélisme prolongé des manivelles. Le cercle, fini, se désuète. La ligne droite infinie dans les deux sens lui succède. NE FAIS DE PAREILS BONDS, demi-cubiste sur l’un et l’autre pôle de ton axe ou de ton soi !

FASCE. – MOINS-EN-PLUS, tu es le hibou, le sexe et l’Esprit, l’homme et la femme.

LE TEMPLIER. – Le cavalier t’étreint (suspendu, s’il le désire, à la Cardan entre tes côtes – laissons le disque quelques siècles encore aux accessoires et à l’homme) et tu poursuis la succession de tes équilibres momentanés, dans le sens du mouvement (si le spectateur est à ta droite, et encore ta droite est ta gauche dans la seconde moitié de ta course latérale) des aiguilles d’une montre,

FASCE. – Phallus perpendiculaire au sourire de l’Ithyphalle en ta latéralité,

LE TEMPLIER. – Tu concilies le discontinu de la marche et le continu de la rotation astrale,

FASCE. – Zénith et Nadir, pôle et pôle, pal des pôles, rose des quatre vents.

LE TEMPLIER. – À chaque quart de chacune de tes révolutions (qu’on la mesure d’où l’on voudra), tu fais une croix avec toi-même. Tu es saint, tu es l’emblème bourgeon de la génération, (si cela était, pourtant, tu serais maudit, bourgeois), mais de la génération spontanée, vibrion et volvoce, dont les images gyroscoposuccessives révèlent à nos yeux, hélas trop purs, ta scissiparité, et qui projettes loin des sexes terrestres le riz cérébral de ton sperme nacré jusqu’à la traîne où les haies d’indépendantes pincettes des chinois Gastronomes illustrent la Vierge lactée.

FASCE. – Axiome et principe des contraires identiques, le pataphysicien, cramponné à tes oreilles et à tes ailes rétractiles, poisson volant, est le nain cimier du géant, par delà les métaphysiques ; il est par toi l’Antechrist et Dieu aussi, cheval de l’Esprit, Moins-en-Plus, Moins-qui-es-Plus, cinématique du zéro restée dans les yeux, polyédrique infini.
Générateur jadis, tu es pour moi le glaive ; crochet de vipère, tu sèmes et brûles ; pal enflammé, tu souffles le feu.
Tu es le hibou, le sexe et l’Esprit, hermaphrodite, tu crées et détruis.
Rebondis sur tes pôles, globe égal à la terre que tu pourrais forer aux abîmes, et avant de disparaître bénis-moi de ta bave suprême, PLUS-EN-MOINS.

 

Alfred Jarry, César Antechrist, acte héraldique, scène VI
(Le Mercure de France, 1895)