Le looping the loop, du péril de quoi s’est émue bien à tort la préfecture de police, puisqu’elle n’intervient point dans les « passages du portique » des casernes, moins bénins, n’est, comme nous l’avons écrit voici un an dans un volume, très probablement avant que M. Prescotte n’« inventât » son dispositif – n’est que la forme la plus rationnelle et la plus rassurante du virage d’un vélodrome pour les grandes vitesses. Nous aurons bientôt des vélodromes verticaux. Nous estimons que d’ici peu de mois, des montagnes russes nouvelles adopteront ce système, où ce seront les spectateurs, dans des fauteuils wagonnets, qui tourbillonneront autour d’un « acrobate » immobile. L’acrobatie et la vitesse seront très naturellement un jour d’être immobile, et le passant en aura le même effroi d’écrasement que lui évoque aujourd’hui le mot « automobile ». Au-dessus de la tête de l’acrobate, payé fort cher pour cet exploit, la préfecture exigera encore, il va sans dire, un filet. Ajoutons que déjà, il y a quelques années, l’administration pénitentiaire accordait aux déportés dans une enceinte fortifiée, pour satisfaire à leur désir d’exercice hygiénique – tel un écureuil dans sa cage – un appareil comparable à celui de l’Olympia et même plus perfectionné, à deux cercles : the twin loop, la double boucle.
Nous nous faisons fort, personnellement et sérieusement, de « boucler la boucle » en traînant derrière nous une voiturette-remorque chargée d’un être humain vivant, à la seule condition que l’on voudra bien aménager, à notre usage, la première pente en cycloïde (il est naïf que ce dispositif ne soit point déjà courant), laquelle courbe est, comme on sait, en quelque sorte, un creux dans la chute et nous permettrait de dépasser sans dilapider nos efforts, au moins dans la seconde de départ, deux cents kilomètres à l’heure.
Alfred Jarry, « Olympia : Looping the loop, de M. Diavolo »
(La Revue blanche, n° 235, 15 mars 1903, pp. 477-478) |