Monsieur, je n’ai pas essayé la bicyclette, par attachement, peut-être, à d’anciens sports suffisant comme l’escrime ou la voile de rivière et, j’aimerais, le cheval ; mais en reconnais toute la merveille pratique. Son action sur l’espèce aura été importante, elle a dégagé un sexe, douteux, celui du camarade de collège, à quoi se tient, en maints cas, la femme. Je reproche, de loin, comme spectateur, l’allure inepte et disgracieuse infligée aux jambes, dans l’exercice : l’être humain n’approche pas impunément d’un mécanisme et ne s’y mêle sans perte. Voici de plus, dit-on, que cette habitude nuit à la danse, autre vertige ; que, toujours, je lui préférerai.
Stéphane Mallarmé, « Sur la bicyclette »
(Les Nouvelles littéraires, 21 juillet 1934, d’après un manuscrit de 1896) |