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Quinzième étape du Tour de France : Perpignan-Ax-les-Thermes. « Leader » de l'équipe de France, Antonin Magne porte aussi le maillot jaune. Il est talonné par un Italien, Giuseppe Martano, qui, à l'inverse d'Alfredo Binda, est brutal, heurté, rageur, torturé dans son style. L'efficacité ne se pare pas toujours d'une enveloppe d'élégance. René Vietto passe en tête au sommet du col de Puymorens. Ce n'est pas le début d'une grande chevauchée solitaire. Simplement le désir de devancer de quelques secondes ses rivaux immédiats pour un classement intermédiaire : celui du « Meilleur Grimpeur ». Dans la descente, Antonin Magne tombe et casse sa roue avant. Alors Vietto s'arrête, desserre ses « papillons », et, dans un élan que la postérité a chanté, il offre sa roue à son chef de file. Des sanglots dans la voix, il a le temps de lancer : « Vas-y Tonin ! » Puis il reste au bord de la route, mâchonnant un citron, les yeux rouges, l'invective aux lèvres, tantôt assis sur un talus, tantôt tenant son vélo par le guidon, attendant qu'on le dépanne. Il était 4e au classement général. Il venait de sauver un maillot jaune qu'il aurait, entre tous les coureurs, mérité. La nuit venue, de Dunkerque à Menton, de Bayonne à Strasbourg, on ne parla que de ce renoncement volontaire. Le désespoir de l'enfant-champion était celui de la France sportive. Il accédait à une popularité que seul Georges Carpentier avait connue.
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Louis Nucéra, Le Roi René. La passion du vélo
(Le Comptoir, 1996, pp. 25-26) |