PACEMAKER

 

 

 

 

ÉDOUARD DE PERRODIL

Vélo ! Toro !
Portrait de Perrodil par Baudry de Saunier

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Un poète à bicyclette, un poète qui, l’autre dimanche, a tenté d’établir le record d’une heure sur piste couverte et l’a manqué de vingt mètres, de l’épaisseur d’une rime ! Un poète qui, l’an dernier, s’aligna dans Bordeaux-Paris et arriva vingt et unième pour l’avoir bien voulu. Un poète… Mais la narration de cette course Bordeaux-Paris révèlera mieux la nature de Édouard de Perrodil que cent coups de burin !

De Perrodil partit tout seul, sans entraîneurs, largement encombré sur son guidon de paniers de victuailles et de paquets. Stéphane avait déjà deux heures d’avance ! Qu’importait à de Perrodil ? Perrodil mangeait du poulet à chaque ville, buvait du champagne et, dans la campagne, poursuivait sur sa bicyclette les papillons qui traversaient la route ! À Tours, il s’arrêta, prit un bain chaud ; puis, l’estomac le torturant, but trois litres de lait et remonta en machine vers Paris. Dix concurrents étaient déjà passés. Mais qu’était-ce cela ? À Châteaudun, il mit pied à terre, trouva des amis et, pendant une heure et demie, leur démontra que la bicyclette était la plus belle conquête de l’homme quand il n’est pas poète, et que Victor Hugo n’a jamais rimé comme Théodore de Banville ! Il reprit alors sa machine et, pédalant à rompre cavalier et bicyclette, arriva à Paris. Il était vingt et unième, je l’ai dit. Il eut mérité de n’arriver jamais.

En septembre 1892, pris d’un besoin de promenade, il partit de Paris un matin en compagnie de M. Willaume, de l’ambassade d’Angleterre, et, quelque temps après, arriva à Marseille ! Il fit un crochet – de cinq cents kilomètres – vers Bordeaux et revint à Paris comme il était parti, toujours persuadé qu’insouciance rime richement avec Perrodil : Deux mille deux cents kilomètres de promenade !

Cette année, dès que le Palais des Machines eut ouvert un vélodrome d’hiver, ça l’a vexé, dit-il, de voir les autres pédaler, et pas lui ! Il a endossé un maillot violet, a débuté en piste, s’est jeté trois fois par terre au virage, dans un match avec Meyan, a essayé, dimanche, le record de l’heure, et, le 25 juin, va partir à bicyclette avec Farman, en Espagne, rechercher l’Andalouse au teint bruni de Musset.

Édouard de Perrodil a trente-deux ans, un mauvais estomac, beaucoup d’amis. Il est petit, porte un binocle, une moustache courte et drue. Il est né à Albi le 19 novembre 1860, d’un père ingénieur des ponts et chaussées, a fait ses études au lycée de Nevers, puis à celui de Toulouse, enfin à celui de Saint-Louis, de Paris. Que faire alors ? De Perrodil aimait le journalisme sans le connaître : il devint d’abord rédacteur en chef de l’Avenir de Seine-et-Oise, à Pontoise ; puis il entra au Moniteur, puis au Petit Journal.

Entre temps – ô type ! – il se présentait aux élections municipales de Paris, où il obtenait un nombre de votes suffisant pour être blackboulé.

De Perrodil a publié déjà, il y a cinq ans, un opuscule amusant, M. Clown, illustré par Blass ; puis une délicieuse plaquette de vers, les Échos. Dans quelques jours paraîtront les Rumeurs de Paris, précédées d’un portrait de l’auteur par le peintre goûté P. Franc Lamy.

Belle et bonne poésie, certes ! Mais, pour la vélocipédie, son meilleur titre de recommandation est d’avoir converti au cyclisme Pierre Giffard (Jean sans Terre), qui, depuis, a fait par milliers les conversions à notre grande religion !

 

 

Édouard de Perrodil, Vélo! Toro! De Paris à Madrid en bicyclette
(Flammarion, 1893)