Bestiaire du cyclisme

« Moitié roue et moitié cerveau,
Voici l’homme-vélocipède.
Il va, plus docile qu’un veau,
Moitié roue et moitié cerveau.
Il se rit, animal nouveau,
De Buffon et de Lacépède !
Moitié roue et moitié cerveau,
Voici l’homme-vélocipède. »

Théodore de Banville, « Le Vélocipède », 1875

« L’opinion généralement répandue, c’est que le vélocipédiste n’est pas un homme, mais une manière de bête dans le genre des centaures, ne faisant qu’un avec son coursier, traversant vaux et plaines comme le fantôme des légendes allemandes, qui passe si vite qu’on n’est pas sûr de l’avoir vu. »

Jean Bertot, La France en bicyclette, 1894

« Mais le coureur est un animal plus heureux que les autres. Vous croyez que c’est drôle de descendre à la mine, de passer des heures derrière un bureau ? Lui, il est libre. Il circule. Il peut attaquer et se défendre. C’est un prolétaire qui a bien tourné. »

Antoine Blondin, « Tauromachines », L’Équipe, 13 juillet 1957

« L'homme intégral est vélocipédiste : il est récupéré à ce prolongement qui était sien qui lui restitue l'acier, lui permettant de rouler, ce qui est bien plus dans notre nature, ailée à l'origine ou rampante, que de marcher. »

Charles-Albert Cingria, « Éloge du cycle », 1938

« Si mes observations sont justes, il existe deux grandes catégories d'animaux : ceux qui voudraient faire du vélo et ceux qui aiment regarder le spectacle des cyclistes. »

Paul Fournel, Besoin de vélo, 2001

« Quant aux cirques et troupeaux, il enjoignait le lecteur de s'en défier. Gens du voyage et conducteurs d'animaux n'avaient qu'un seul dérivatif pour s'affranchir de la monotonie des jours : expédier chevaux, chèvres, moutons, boucs et vaches, quand ce n'était pas des éléphants, des zèbres ou des chameaux, sur le malheureux vélocipédiste de rencontre. »

Louis Nucéra, Mes rayons de soleil, 1987

 

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Abeille
1. Membre de l’équipe Renault-Gitane, dont le maillot strié de bandes jaunes et noires évoque l’abdomen d’une abeille.
« Ils n’ont de cesse de s’activer, dans un grand vrombissement de pédales, en faveur de leur souverain, de leur reine, l’appellerait un apiculteur. »
(Antoine Blondin, « Des abeilles pour des rusches », L’Équipe, 4 juillet 1979)
2. Cyclomoteur d'entraînement de type Derny.
« La course derrière ces petits engins, qui faisaient un bruit d'abeilles, était moins rapide que derrière les motos, mais beaucoup plus athlétique. »
(Pierre Chany, La Fabuleuse histoire du cyclisme, O.D.I.L., 1975, p. 423)
3. « Toutes ces ambitions de ces quarante As rappellent l'attente des abeilles du moment où la Reine va faire le choix de l'Élu. »
(Henri Desgrange, L'Auto, 3 juillet 1934)
« Dans une course cycliste croissent toutes les misères et toutes les exaltations de la vie parmi le bruit et la fureur : c'est une histoire d'amour avec des êtres dépravés qui sentent le sang d'abeille et s'excitent sous l'aiguillon du commandement et de l'humiliation ; c'est une monarchie avec des rois qui se masturbent au milieu des rancœurs, des complots et des couronnes de fleurs ; c'est une usine où l'on vit la lutte des classes... »
(Fernando Arrabal, Jeunes barbares d'aujourd'hui, Christian Bourgois, 1975, p. 29)

Aigle
Grimpeur ailé.
Ex : Federico Bahamontès, l’Aigle de Tolède ; Ferdi Kubler, l’Aigle de l’Adliswil ; Marcel Kint, l'Aigle noir ; Thierry Claveyrolat, l’Aigle de Vizille ; Pascal d'Huez, l'Aigle de Ménilmuche.
Voir aussi Condor, Oiseau.

Albatros
Cycliste retourné à l’état pédestre.
« Le Cycliste est semblable au prince des nuées / Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; / Exilé sur le sol au milieu des huées, / Ses cales à ses souliers l’empêchent de marcher. »
(Charles Baudelaire, « L’Albatros », Les Fleurs du mal, Poulet-Malassis, 1857)
Voir aussi Héron, Poulet.

Âne
1. Bicyclette difficile à manœuvrer.
« À Milford, sa bicyclette fit preuve d'un entêtement d'âne. Un poteau indicateur surgit subitement, indiquant un brusque tournant vers la droite ; M. Hoopdriver aurait voulu ralentir, pour lire cette indication sur le poteau : mais non, sa machine ne le lui permit point. »
(Herbert George Wells, La Burlesque Équipée du cycliste, chap. X, Le Mercure de France, 1908)
2. Critérium des ânes : « Jeu de mots incompréhensible pour qui ne lit pas les journaux sportifs. » (Marcel Aymé, « Le dernier », Le Nain, Gallimard, 1934)

Araignée
Franck Renier, surnommé l’Araignée par homophonie approximative.
« “L’Araignée”, c’est lié à ton nom, j’imagine… – Oui, certains ont commencé à dire “la Renier”, et c’est devenu “l’Araignée”. »
(Vélo magazine, n° 425, novembre 2005)

Basset
Philippe Thys, surnommé le Basset pour sa position très basse et ramassée sur le vélo.  

Biquet
Jean Robic, surnommé Biquet par son coéquipier Éloi Tassin.

Blaireau
Bernard Hinault, surnommé le Blaireau pour des raisons difficiles à éclaircir.
« Un blaireau est un mammifère carnassier, bas sur pattes, au pelage clair sur le dos, foncé sous le ventre, a priori pas grand-chose à voir avec un coureur cycliste. »
(Bernard Chambaz, À mon Tour, Le Seuil, 2003, p. 166)

Bœuf
« L'effort les assomme : ils vont tous lentement, mais tête baissée, tel le bœuf qui s'apprête à recevoir le coup du boucher. »
(Albert Londres, « Les coureurs du Tour à l'assaut des Pyrénées », Le Petit Parisien, 3 juillet 1924)
« Admirez-les, ces belles bêtes, / Leurs cornes sont comme un guidon. / C’est beau de faire course en tête / Quand ça rumine au peloton »
(Antoine Blondin, « Les bœufs (intermède) », L’Équipe, 8 juillet 1959)

Bouledogue
Albert Bouvet, surnommé le Bouledogue de Fougères pour son tempérament grincheux et agressif ; Gaston Rebry, surnommé le Bouledogue « eu égard à son nez épaté et à son allure en course » (Pierre Chany, La Fabuleuse histoire du cyclisme, O.D.I.L., 1975, p. 412).

Canard
1. Pédaler en canard : de façon disharmonieuse, en se déhanchant et roulant des épaules.
« Vous pédalez, dis-je, comme un canard atteint de sciatique. »
(Jacques Faizant, Albina et la bicyclette, Calmann-Lévy, 1968, p. 106)
Voir aussi Girafe.
2. « Le lecteur, même s'il n'est jamais monté sur un vélo, devine que de deux cyclistes qui roulent de concert, celui qui tient la tête fatigue le plus. La même loi d'aérodynamique conditionne le vol des canards sauvages. »
(Roger Vailland, 325 000 francs, chap. I, Corrêa/Buchet-Chastel, 1955)

Canari
Porteur du Maillot Jaune.
« Notre perruche se transforme en canari. »
(Jacques Goddet, L’Équipe, 4 juillet 1949, à propos de Jacques Marinelli)

Chameau
« Rappelons que cet animal est familièrement surnommé le vélo du désert, et soulignons que sa très ancienne expérience des caravanes l’eût tout naturellement désigné à l’attention des organisateurs du Tour. »
(Jacques Perret, L’Équipe, 9 juillet 1958)

Chamois
Bon grimpeur.
Ex : Vito Taccone, le Chamois des Abruzzes.
« Cycliste, quant tu vas, dévorant les espaces, / Si vite qu’un chamois ne suivrait point tes traces, / Dusses-tu pédaler jusques à Chicago, / Mets toujours dans ton sac un savon du Congo. »
(Publicité parue dans Le Petit Journal du 12 février 1893)

Chauve-souris
Cycliste noctambule.
« Quand vient le soir, elle vous cause / Parfois le plus étrange effet, / L'effet troublant de quelque chose / Comme un djinn, comme un feu follet, / Dont la lueur falote et grêle / Va papillonnant, dans le gris, / Avec un bruissement d’aile, / Un frou-frou de chauve-souris. »
(Édouard de Perrodil, « La bicyclette », Les Échos, L. Vanier, 1891, p. 17)
Voir aussi Ver luisant.

Cheval
1. Vélocipède organique.
« Voilà un cheval qui ne coûte pas cher à nourrir. »
(Gabrielle d’Arvor, La Folle Équipée d’un bicycliste, E. Ardant, 1896, p. 13)
« La bicyclette n’est plus seulement un bienfait social. Elle devient le Cheval du pauvre, en attendant qu’avec le torrent toujours grandissant des conversions, elle devienne le cheval de tout le monde, la monture égalitaire. »
(Pierre Giffard, La Fin du cheval, Armand Colin, 1899, p. 128)
2. « Les Belges sont des chevaux de labour. Que voulez-vous qu'ils fassent contre les pur-sang que nous sommes ? » (Henri Pélissier, 1924)

Chien
« Le clebs, du plus menu au plus imposant, est l’ennemi juré du cycliste. » (Louis Nucéra, Mes rayons de soleil, Grasset, 1987, p. 25)
« Pourquoi les chiens couchés sur les routes se lèvent-ils à l’approche d’une bicyclette et courent-ils après le plus souvent ? Mystère. »
(Pierre Giffard, La Reine bicyclette, chap. VI, Firmin-Didot, 1891)
« Les touristes à bicyclette ou à bicycle, en l’an 1888 ou 1889, étaient insultés en langue aboyée, mordus et incités à choir, jusqu’à ce que les chiens, ainsi qu’on le constate aujourd’hui, eussent pris l’habitude de se ranger, comme d’une voiture, du nouvel appareil locomoteur. »
(Alfred Jarry, « Les piétons écraseurs », La Revue blanche, 15 juillet 1901)
« Je me souviens très bien du chien. C’était un chien jaune de marque boxer. Je me souviens très bien que je l’ai vu vivant le dernier puisque c’est moi qui l’ai écrasé. »
(Paul Fournel, « Longchamp », Besoin de vélo, Le Seuil, 2001)
« On prétend que le chien est l'ami de l'homme ; dans tous les cas, il est certain que le vélocipédiste ne lui est pas sympathique. Les trois quarts du temps, un coup de voix énergique suffit pour faire écarter l'animal qui vous poursuit ; d'autres fois la cravache est nécessaire. On ne doit employer le revolver que dans des cas tout à fait spéciaux. »
(Briault, Les Pyrénées et l'Auvergne à bicyclette, chap. XIV, Chartres, Imprimerie industrielle et commerciale, 1895, p. 186)
« Ce chien malencontreux tombé juste sur ma route dans un pareil moment ! Quel sort fâcheux ! J’ai dit déjà que la race canine était l’ennemie née des cyclistes. […] Alors, après avoir essayé vainement de l’éloigner, je signai son arrêt de mort. […] Et ce disant, je me saisis de mon revolver, arme dont je ne me sépare jamais, surtout dans des expéditions lointaines. […] Je pressai la détente et la forêt silencieuse brusquement retentit du coup de feu. Le chien avait été touché et bien touché, car un long gémissement suivit la détonation. »
(Édouard de Perrodil, À vol de vélo. De Paris à Vienne, Flammarion, 1895, pp. 187-191)

Cochon
« Pour aller de Toulon à Nice, on passe par Menton. Cela peut vous surprendre. C'est ainsi. On ne trouve jamais de chemins assez longs. On ajouta, aujourd'hui, cent kilomètres à la ligne droite. Ce n'est plus un tour de France, comme dit Alavoine, c'est un “tour de cochon”. »
(Albert Londres, « Sur le Tour de France », Le Petit Parisien, 9 juillet 1924)

Condor
Alonzo Giro, le Condor des Pyrénées.
« Alonzo grimpe les pentes jurassiennes à soixante à l'heure. Au passage, je vois un reporter noter fiévreusement sur son bloc à débloquer que “le Condor des Pyrénées dans une irrésistible envolée d'aigle impérial se rit des plis anticlinaux jurassiques”. »
(San Antonio, Vas-y Béru !, Fleuve noir, 1965, p. 90)

Coq
Mollets de coq : particularité anatomique qui peut être un avantage ou un handicap selon la topographie.
« Le monde se divise en deux catégories, les Cuissus et les Mollets de coq. »
(Jean-Noël Blanc, La Légende des cycles, Le Castor astral, 2003, p. 65)

Dauphin
« Le cycliste ne descend pas du singe mais du poisson. Son fantasme ? Fendre l'air comme un dauphin les vagues. »
(Pierre-Louis Desprez, « Pilophobie », Petits cycles de bonheur, Arléa, 2007)

Échassier
Roger Pingeon, surnommé l'Échassier pour son allure longiligne.

Écureuil
Coureur de Six-Jours, tournant en rond comme un écureuil en cage.
« L'un d'eux joue au coureur. Cet écureuil en cage / Refait cent et cent fois son rond sempiternel. »
(Jules Riol, « La revanche du touriste », La Bicyclette. Monologue en vers dédié au Touring-Club de France, Lanée, 1896)
« Sixième nuit, cent trente-huitième heure, 3962,570 km. Même spectacle monotone. Harassés, les écureuils dormaient en tournant ; l'un accrochait une roue et tombait, entraînant ses camarades. »
(Paul Morand, « La nuit des Six-Jours », Ouvert la nuit, NRF, 1922)
« Tournant comme de subtils écureuils autour de cette énorme cage que leur est la France. »
(Henri Desgrange, L'Auto, 3 juillet 1934)
« Je partirais le 12 juin, le jour même de 1949 où le Giro touchait à son terme aux portes de Milan, bouclant le cycle, reprenant le cercle infini qui fait de nous des écureuils dans leur cage. »
(Bernard Chambaz, Evviva l'Italia. Balade, Panama, 2007, p. 12)

Éléphant
Marco Pantani, surnommé Elefantino pour ses oreilles décollées.

Faucon
Paolo Savoldelli, surnommé Il Falco pour sa vitesse en descente.

Fauve
« Voilà un fauve qui sur le bord de la route dévore du caoutchouc avec férocité. C'est le maillot jaune Bottecchia. Il a crevé. Bottecchia, pour aller plus vite, arrache son pneu à pleines dents. »
(Albert Londres, « Dans la poussière, de Brest aux Sables-d'Ollone », Le Petit Parisien, 29 juin 1924)

Fourmi
« Dès qu'un stayer décollait, il semblait brusquement s'éteindre comme si on avait tourné un commutateur, soudain englué sur la piste comme une fourmi, court-circuité par l'influx magique. »
(Julien Gracq, Lettrines 2, José Corti, 1974, p. 170)
Voir aussi Insecte.

Gazelle
Coureur rapide.
Ex : Jean-Baptiste Dortignacq, la Gazelle de Peyrehorade.
« Et la gazelle au pas léger / Se plaignait du vélocipède. »
(Théodore de Banville, Sonnailles et clochettes, G. Charpentier, 1889)

Girafe
« Les techniciens disent que Serse, qui ne manque pourtant pas de qualités, est l'unique cycliste au monde qui ne sache pas aller à bicyclette. Son style – nous-mêmes, bien que profanes, nous nous en rendons compte – est déconcertant : certains le comparent à un canard, d'autres à une girafe, d'autres à un accordéon. »
(Dino Buzzati, Corriere della Sera, 6 juin 1949)

Grillon
Paolo Bettini, surnommé El Grillo pour sa vivacité à gicler hors du peloton.

Guêpe
Bicycliste corsetée.
« L'idéal étant de ressembler à une guêpe, toutes veulent ressembler à une guêpe, car elles seraient déshonorées, et, ce qui est pire, ridicules, si elles n'avaient pas une taille à enserrer dans les dix doigts. Foin de la santé, foin de la joie de vivre, foin de tout, pourvu que l'idéal soit réalisé. Or, si ce corset est déjà nuisible pour les femmes qui vaquent aux occupations ordinaires de l'existence, s'il est dangereux pour celles qui cultivent l'art du chant, combien plus néfaste encore sera son usage pour les femmes qui montent à bicyclette, c'est-à-dire qui pratiquent un exercice où le nombre et la valeur des mouvements respiratoires sont notablement augmentés. »
(Dr Ludovic O'Followell, Bicyclette et organes génitaux, J.-B. Baillière et fils, 1900)

Hareng
« On assista à la descente de nos bicyclettes à fond de cale. Pauvres bicyclettes. Je tremblai pour elles. Pendues comme des harengs au bout d'un croc, quelle position ! »
(Édouard de Perrodil, À travers les cactus. Traversée de l'Algérie à bicyclette, Flammarion, 1896, pp. 7-8)

Héron
« Le prodigieux Fausto Coppi ressemblait à un héron désarçonné lorsqu'il mettait pied à terre. »
(Antoine Blondin, préface à Pierre Chany, La Fabuleuse histoire du cyclisme, O.D.I.L., 1975)
Voir aussi Albatros, Poulet.

Hirondelle
1. Sergent de ville à cape noire sur bicyclette de marque Hirondelle.
2. « Elle s'enfuit presque aussi vite / Que l'hirondelle dans son vol ; / Elle glisse, se précipite / Effleurant à peine le sol. »
(Édouard de Perrodil, « La bicyclette », Les Échos, L. Vanier, 1891, p. 17)
« Et quelles délices que de s'en aller ainsi, d'un vol d'hirondelle qui rase le sol, par cette royale avenue, dans la fraîcheur de l'air, dans le souffle des herbes et des feuilles, dont l'odeur puissante fouette le visage ! »
(Émile Zola, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1898, p. 419)
Voir aussi Oiseau.

Insecte
« Passèrent / près de moi / les bicyclettes, / les uniques / insectes / de cette / minute / sèche de l'été, / discrètes, / véloces, / transparentes : / elles m'ont semblé / simples / mouvements de l'air. »
(Pablo Neruda, « Ode à la bicyclette », Troisième Livre des odes, Gallimard, 1978)
« En pénétrant dans ce Vel’ d’Hiv qui pue le bois pourri, la sueur, le vin sec, on s’étonne de constater que cette “immense enceinte” est “pleine à craquer”. Et ça gueule là-dedans, tant que ça peut. Des insectes tournent. On tire de temps en temps des coups de revolver. Et très loin, perdus dans la fumée, des types se battent pour le plaisir. »
(Philippe Soupault, « Sport & Cie », Bifur, n° 1, 1929)
Voir aussi Fourmi.

Kangourou
1. Cycliste australien.
Ex : Sydney Patterson, le Kangourou volant.
2. Cycliste vêtu d'un maillot à poches ventrales.
« Autrefois, tous les maillots avaient de ces poches-poitrines qui donnaient aux coursiers de petits airs de double kangourou. »
(René Fallet, Le Vélo, chap. II, Julliard, 1972, p. 46)

Langouste
Pattes de langouste : pinces à pantalon.
« Le crépitement bleu du sixième jour hâta, jusqu'à l'immédiat, la fin des bicyclistes, de tous ceux du moins, sans exception, qui agrafent leurs pantalons de pattes de langouste. »
(Alfred Jarry, Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, chap. XXVIII, Fasquelle, 1911)
« Je l'entendis expliquer que “si les bas de ses pantalons n'étaient pas agrafés de pattes de langouste, c'est qu'il portait culottes et bas blancs”... »
(René Daumal, La Grande Beuverie, 1re partie, chap. 13, Gallimard, 1938)

Lévrier
Les lévriers de la route : la caste des sprinteurs.
Ex : André Darrigade, le Lévrier des Landes.

Libellule
« Comme la libellule vive / Comme l’oiseau, comme le trait, / Elle accourt, fend l’air, elle arrive, / Vous frôle, passe et disparaît. »
(Édouard de Perrodil, « La bicyclette », Les Échos, L. Vanier, 1891, p. 17)
« Douces libellules d'acier bataves du Herrengracht, le canal des Seigneurs, affublées du rétropédalage le plus casse-gueule de toutes les inventions de l'Occident chrétien, qui rouillent devant les lourdes portes du Rijkmuseum avant de finir leur existence précipitées au fond du limon. »
(Patrice Delbourg, Lanterne rouge, Le Cherche Midi, 2003, p. 49)

Lièvre
Cycliste utilisé comme point de mire par un congénère pour régler son allure.
« S'échapper, c'est l'honneur du coureur cycliste. Courir plus vite, faire le lièvre, et, derrière, le peloton chasse, il est dit. »
(Code Wegmuller, cité par Jean-Bernard Pouy, 54 × 13, L'Atalante, 1996, p. 16)
« Lorsqu'un groupe de coureurs cyclistes fonce derrière ce lièvre invisible, ce lièvre mécanique, d'acier froid, qu'est la victoire, vous sentez passez devant vous, sur la route ou la piste, le souffle vivant et chaud d'un groupe d'hommes lancés à la pousuite du plus haut rêve, de la plus noble ambition du genre humain. »
(Curzio Malaparte, « Les deux visages de l'Italie, Coppi et Bartali », Sport Digest, 1947)
« Et l'idée lui était venue de monter un phare sur un moteur de broche ! Le difficile était de fabriquer un mécanisme capable de tourner une heure. [...] W. Hamilton installa son appareil au milieu du vélodrome de Denver. Le long pinceau lumineux se déplaçait à une allure régulière sur la piste, et notre malin Américain calqua son allure sur celle de ce “lièvre” lumineux... Voici comment il fut le premier à dépasser les 40 kilomètres dans l'heure. »
(Émile Besson et Abel Michéa, 100 ans de cyclisme, Arthaud, 1969, p. 174)

Lion
Coureur réputé pour sa bravoure (ex : Gastone Nencini, le Lion de Mugello ; Fiorenzo Magni, le Lion des Flandres ; Johan Museeuw, le Lion de Gistel) ou pour sa crinière abondante (ex : Mario Cipollini, Il Re Leone).

Mouche
« Les boyaux crèvent comme des mouches et nous courons / [...] / C'est que la France s'étale comme un étron céleste / et nous courons tout autour pour chasser les mouches »
(Benjamin Péret, « Le Tour de France cycliste », La Révolution surréaliste, n° 8, décembre 1926)
« La mouche apprécie le cycliste pas trop rapide et je sais des taons à qui j’ai fait un effet bœuf. »
(Jacques Faizant, Albina et la bicyclette, Calmann-Lévy, 1968, p. 221)

Mule
Charger la mule : saler la soupe ; charger la chaudière.

Mulet
Définition chinoise de la bicyclette : « Petit mulet que l’on conduit par les oreilles et que l’on fait avancer en le bourrant de coups de pied. »
(Alfred Jarry, « La passion considérée comme course de côte », Le Canard sauvage, n° 4, 11-17 avril 1903)

Oiseau
« Cependant la machine courait, dévalant les longues pentes, et le coureur inconscient de tout effort, insensible au contact du sol, comme un oiseau rasant la terre, affolé de vitesse, s’enivrait de l’espace, et du ciel, et du vent. »
(Georges Clemenceau, « Sur les routes », Le Grand Pan, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1896)
« Ils se sentaient des êtres surnaturels, doués de moyens nouveaux et de pouvoirs inconnus, des espèces d'oiseaux dont les ailes rasaient la terre et dont la tête ardente planait jusqu'au ciel. »
(Maurice Leblanc, Voici des ailes, Ollendorf, 1898)
« Le présent divin offert à Gaul, c'est la légèreté : par la grâce, l'envol et le plané (l'absence mystérieuse d'efforts), Gaul participe de l'oiseau ou de l'avion (il se pose gracieusement sur les pitons des Alpes, et ses pédales tournent comme des hélices). »
(Roland Barthes, « Le Tour de France comme épopée », Mythologies, Le Seuil, 1957)
Voir aussi Aigle, Hirondelle, Libellule.

Ouistiti
Grimpeur de poche.
Ex : Lucien Van Impe, le Ouistiti des cimes.
Voir aussi Puce.

Panda
Laurent Jalabert, surnommé le Panda pour son tempérament placide et ses épais sourcils noirs.

Perruche
Jacques Marinelli, surnommé la Perruche par Jacques Goddet en référence à la définition du Larousse : « Oiseau exotique grimpeur de petite taille au plumage coloré. »

Pingouin
« Çà et là se montraient quelques pingouins qui, se tenant à distance, dirigeaient des regards stupides vers les vélocipédistes, qui ne perdaient pas leur temps à les contempler. »
(Emilio Salgari, Au pôle Sud à bicyclette, chap. XXIV, Delagrave, 1906)

Pou
« Dès le début du Tour de France 1935, un coureur belge de petit format, mais au masque éveillé, un “pou de la route”, filait à toutes pédales vers la victoire d'étape. »
(Émile Besson et Abel Michéa, 100 ans de cyclisme, Arthaud, 1969, p. 128, à propos de Romain Maes)
Voir aussi Puce.

Poulet
« La plupart des cyclistes n'ont fière allure que lorsqu'ils sont à vélo. Qu'un coureur de haut niveau en descende, et il a l'air d'un poulet. »
(James Waddington, Un Tour en enfer, Phébus, 2000, p. 18)
Voir aussi Albatros, Héron.

Puce
Grimpeur de petite taille avançant par accélérations successives.
Ex : Vicente Trueba, la Puce de Torrelavega ; Louis Bergaud, la Puce du Cantal.
Voir aussi Ouistiti, Pou.

Rat
Rat, raton, ratagasse : coureur dont la tactique consiste, dans une échappée, à profiter de l'effort collectif sans y participer.
Voir aussi Sangsue.

Sangsue
1. Suceur de roues.
Ex : Nello Lauredi, la Sangsue du Tour de France 1955.
« C'est le traître, le maudit du Tour 55. Cette situation lui a permis d'être ouvertement sadique : il a voulu faire souffrir Bobet en devenant sangsue féroce derrière sa roue. »
(Roland Barthes, « Le Tour de France comme épopée », Mythologies, Le Seuil, 1957)
« Pour la troisième fois, la “sangsue” officielle et légendaire de ce début du Tour voyait l’espoir amenuisé de battre en brèche son rival fondre sur le pavé et s’écouler avec le sang. Il n’était plus celui qui suce, il était celui qui répand. »
(Antoine Blondin, « Le sang de la sangsue », L’Équipe, 16 juillet 1955)
Voir aussi Rat.
2. Buveur de sang.
« Tenniel. Dracula tient toujours la tête. – Kitty. À présent un autre cycliste s'approche de lui, il porte le même maillot et de la même couleur. – Tenniel. Un de ses équipiers. – Kitty. Il se pique la veine du bras… il lui donne son sang, c'est une transfusion. Dracula boit le sang de l'autre. »
(Fernando Arrabal, Jeunes barbares d'aujourd'hui, Christian Bourgois, 1975, p. 34)

Serpent
1. Peloton étiré en file indienne, lancé à vive allure.
« La France, comme l'écrit M. Jacques Godemuche dans son éditorial, vit à l'heure du Tour ! Seul compte pour elle ce “serpent bigarré” qui justement serpente derrière d'intrépides motards, entre une double haie de badauds en délire. »
(San Antonio, Vas-y Béru !, Fleuve noir, 1965, p. 86)
2. « Ce qui nous frappe aussi, c'est la grâce et l'adresse de ces cyclistes : par exemple, quand ils côtoient une voiture de ravitaillement, lâchent leur guidon, enlèvent le boyau usé qu'ils ont autour des épaules et le remplacent par un boyau neuf qu'ils enroulent autour de leur torse... De loin, on dirait des charmeurs de serpents. »
(Tristan Bernard, Compagnon du Tour de France, Arthaud, 1935, p. 52)

Sole
Cycliste aplati sur son vélo par souci d'aérodynamisme.
« En plein effort, il était horizontal sur sa machine et avait les coudes au corps. Il ressemblait assez à une sole. »
(L'Auto, 26 octobre 1936, à propos d'Arthur Zimmerman)

Souris
Benoît Faure, surnommé la Souris pour sa petite taille et son habileté à se faufiler dans le peloton.

Taureau
Coureur prenant son vélo par les cornes lorsqu’il aperçoit la flamme rouge.
Ex : Raymond Mastrotto, le Taureau de Nay ; Michel Rousseau, le Taureau de Vaugirard.
« Les courses sont l'amusement du public. Il ne faut cependant pas les confondre avec une corrida. Les coureurs ne sont pas des taureaux, il ne doit pas y avoir tentative de mise à mort à la fin du spectacle. »
(Albert Londres, « Un grave accident marque la huitième étape du Tour de France », Le Petit Parisien, 7 juillet 1924)
« Ainsi le Circuit de Bionnas répond à l'exigence qu'une course cycliste, comme une course de taureaux, touche à son point culminant quand les coureurs, comme le taureau, sont à bout de force. »
(Roger Vailland, 325 000 francs, chap. I, Corrêa/Buchet-Chastel, 1955)

Vache
« Pour expliquer cette indifférence un peu scandaleuse, je suppose que les vaches attendent d’avoir compris pourquoi les trains passaient. Elles y mettront le temps qu’il faudra, après quoi elles aborderont l’étude des courses de vélo. »
(Jacques Perret, L’Équipe, 19 juillet 1952)
« Les vaches, que l'on croyait spécialisées dans les trains, se régalent aussi des cyclistes. Que ce soit en Normandie, dans le Bourbonnais ou dans le Forez elles vous suivent du regard, sans hâte, de leur air doux. »
(Paul Fournel, Besoin de vélo, Le Seuil, 2001, p. 99)
« Il lui était advenu une aventure cocasse durant le Tour des Flandres. Alors que les coureurs en file indienne roulaient à toute allure sur un “cyclable”, il fut soudain éjecté, et tomba k.o. sur la route. Une vache qui broutait tranquillement l'herbe sur l'accotement l'avait assomé d'un coup de queue ! Le temps pour Van Sleembrouck de recouvrer ses esprits, le peloton était loin. Il s'ébroua et se dirigea vers le bovin : “J'ai soif, mon bidon est vide, et j'aime le lait !” Puis il entreprit de traire la vache. »
(Pierre Chany, La Fabuleuse histoire du cyclisme, O.D.I.L., 1975, p. 348)
« Tu as vu la couleur de l'herbe, c'est vert fluo, c'est gras, c'est d'une luxuriance ! Des fois, j'aimerais être une vache quand je vois toute cette herbe, une de celles que l'on appelle les vaches Milka parce qu'elles sont un peu mauves avec des grandes oreilles. »
(Christophe Moreau, Vélo magazine, n° 431, juin 2006)
« Pour sauver le monde, notre monde, il faut promouvoir la bicyclette, l'athéisme, la vache, le rock and roll et la poésie adolescente. »
(Arthur Keelt, Le Merle, L'Atalante, 2002)

Ver luisant
Cycliste noctambule.
« Le soleil est couché réglementairement, le pêcheur à la ligne, de par le gendarme, rétracte ses tentacules ; le cycliste et le cocher de fiacre deviennent des lampyres femelles amoureuses... »
(Alfred Jarry, L'Amour absolu, 1899)
Voir aussi Chauve-souris.