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« Et toi, Tantale, tu ne peux jamais saisir l’eau… »

D’autres coureurs cyclistes ont côtoyé Sisyphe dans le Tartare. Parmi eux, Tantale était surtout connu pour ses nombreuses fringales. Il faut dire que le règlement imposait alors des conditions de course particulièrement difficiles, qui ont perduré jusqu’en plein XXe siècle. Les coureurs n’avaient en effet droit à aucune assistance extérieure, ce qui a donné lieu à bien des épisodes glorieux de la légende des cycles, à l’image d’Eugène Christophe réparant lui-même la fourche de son vélo chez un forgeron de Sainte-Marie-de-Campan en 1913.

Ce point du règlement s’appliquait aussi au ravitaillement, aussi bien liquide que solide. Henri Pélissier, qui venait d’abandonner le Tour de France 1924, avait d’ailleurs cité cet exemple à Albert Londres pour illustrer l’inhumanité des organisateurs :

« Quand nous crevons de soif, avant de tendre notre bidon à l’eau qui coule, on doit s’assurer que ce n’est pas quelqu’un, à cinquante mètres, qui la pompe. Autrement : pénalisation. Pour boire, il faut pomper soi-même [18] ! »

C’est ainsi qu’il faut comprendre les fameux vers d’Ovide, qui rapporte que Tantale « ne peut jamais saisir l’eau [19] » que lui offrent parfois, sur le bord de la route, des spectateurs qui ont remarqué son état de déshydratation avancé.

 

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(18) Albert Londres, Le Petit Parisien, 27 juin 1924.

(19) Ovide, Les Métamorphoses, IV, 458.