Tours de France
chronologie littéraire

  • 1903 : Le premier Tour de France est le cadre d'un roman d'Olivier Roche, La Course (Françoise Truffaut, 2003), qui a reçu en 2004 le prix Antoine-Blondin, et en 2005 le prix Louis-Nucéra.
  • 1912 : Colette suit pour Le Matin (28 juillet 1912) la dernière étape du Tour de France 1912, menant les coureurs du Havre au Parc des Princes, où elle assiste au sprint victorieux de Jean Alavoine. Cet article est repris dans un recueil publié en 1918, Dans la foule.
    « J'ai vu passer devant nous, tout de suite avalés par des tourbillons lourds, trois coureurs minces : dos noir et jaune, chiffrés de rouge, trois êtres qu'on dirait sans visage, l'échine en arceau, la tête vers les genoux, sous une coiffe blanche... Ils ont disparu très vite, eux seuls muets dans le tumulte ; leur hâte à foncer en avant, leur silence semblent les isoler de ce qui se passe ici. »
  • 1924 : Tour suivi par Albert Londres pour Le Petit Parisien. Au cours de la troisième étape (Cherbourg-Brest), il apprend l'abandon des frères Pélissier et les retrouve au café de la Gare, à Coutances. C'est là qu'il recueille la célèbre diatribe d'Henri Pélissier contre les conditions de course imposées par les organisateurs du Tour.
    L'ensemble de ses articles sur le Tour 1924 ont été réédités sous le titre Les Forçats de la route (Arléa, 1996) et Tour de France, Tour de souffrance (Le Serpent à plumes, 1996).
  • 1934 : Tour suivi pour Le Figaro par Pierre Mac Orlan, dont Antoine Blondin rédigera ainsi l'épitaphe : « Le vélodrome Buffalo lui tenait lieu d'Olympe et Choppy Warburton, imprésario des coursiers de l'époque, était son dieu familier. Il récitait encore récemment la litanie de tous les “entraîneurs” de cet âge héroïque et ne désespérait pas de finir dans la peau d'un stayer, dont la silhouette eût réjoui Toulouse-Lautrec. » (L'Équipe, 29 juin 1970)
    Tour suivi pour L'Auto par Tristan Bernard, qui en a tiré un livre, Compagnon du Tour de France (Arthaud, 1935).
    La quinzième étape (Perpignan-Ax-les-Thermes) au cours de laquelle René Vietto se sacrifie en donnant sa roue avant à son leader, Antonin Magne, est le point de départ du Roi René, de Louis Nucéra (Le Sagittaire, 1976).
  • 1937-1938 : Jacques Perret a suivi les étapes pyrénéennes du Tour 1937 et trois étapes longeant la Côte d'Azur sur le Tour 1938 pour Le Journal (articles repris dans Articles de sport, La Table ronde, 2005).
  • 1939 : L'Auto, journal organisateur du Tour de France, invite plusieurs écrivains à tenir une chronique quotidienne dans ses colonnes, parmi lesquels Tristan Bernard, Jean Fayard, Henri Jeanson, Pierre Scize, Tristan Derème, Robert Dieudonné, Romain Coolus, Henri Troyat. Ce dernier décrit le dernier Tour de l'avant-guerre comme une « sorte d'amistice au cœur même de la menace », qui fait s'éloigner « les effigies de dictateurs à moustaches inquiétantes ou à mâchoires massives ».
  • 1947 : Dans le journal Ce soir du 24 juin, la veille du départ du premier Tour de l'après-guerre (il n'avait pas eu lieu depuis 1939), Louis Aragon, qui semble avoir oublié sa participation au procès Barrès en 1921, fait de cette renaissance un symbole patriotique :
    « Le Tour... C'est la fête d'un été d'hommes, et c'est aussi la fête de tout notre pays, d'une passion singulièrement française [...] La leçon de l'énergie nationale, le goût violent de vaincre la nature et son propre corps, l'exaltation de tous pour les meilleurs... La leçon tous les ans renouvelée et qui manifeste que la France est bien vivante, et que le Tour est bien le Tour de France. »
  • 1949 : En 1985, pendant deux mois, Louis Nucéra refait à vélo le parcours du Tour 1949 (4813 km), gagné par Fausto Coppi. Il livre son récit de voyage dans Mes rayons de soleil (Grasset, 1987).
  • 1950 : Dans un texte publié par la revue Tango (n° 3, juil.-sept. 1984), Alphonse Boudard raconte son premier souvenir cycliste. Lors de la quinzième étape (Toulon-Menton), il voit passer le Tour de France pour la première fois, à Antibes, mais les coureurs ont une heure de retard : accablés par la chaleur, qui avait déjà contribué à la célèbre défaillance d'Abdelkader Zaaf deux jours plus tôt, ils ont fait une pause à Sainte-Maxime pour se jeter à la mer.
  • 1952 : Tour suivi par Jacques Perret pour L'Équipe (repris dans Articles de sport, La Table ronde, 2005).
  • 1954-1982 : C'est la période au cours de laquelle Antoine Blondin a suivi le Tour de France dans la voiture 101 de L'Équipe. Ses articles ont été rééditées intégralement sous le titre Tours de France. Chroniques de L'Équipe 1954-1982 (La Table ronde, 2001).
  • 1954 : Jacques Perret prend le relais d'Antoine Blondin à partir de la quatorzième étape du Tour 1954 (Toulouse-Millau) pour L'Équipe, pendant trois étapes (repris dans Articles de sport, La Table ronde, 2005). D'autres écrivains le suivent, dont Louis Sapin et Yves Gibeau.
  • 1955 : Roland Barthes s'est inspiré du duel entre Gaul et Bobet et des péripéties du Tour 1955 pour écrire son texte célèbre sur « Le Tour de France comme épopée » et son « Lexique des coureurs » (repris dans Mythologies, Le Seuil, 1957).
  • 1958 : En l'absence de Blondin, le Tour 1958 est suivi par Jacques Perret pour L'Équipe (repris dans Articles de sport, La Table ronde, 2005).
    Christian Laborde a écrit le roman du Tour 1958 dans L'Ange de la montagne (Albin Michel, 1994).
  • 1964 : Le duel Anquetil-Poulidor, au cours de la mythique vingtième étape du Tour 1964 (Brive-Clermont-Ferrand-Le Puy-de-Dôme), est raconté par Christian Laborde dans Duel sur le volcan (Albin Michel, 1998).
  • 1970 : Dans Les Plaisirs de l'Hexagone (Gallimard, 1971), Lucien Bodard raconte le Tour 1970, qui représente « l'apogée du merckxisme ». Merckx y est décrit dans des termes (machine, martien, dictateur, robot, inhumain, impersonnel, etc.) que l'on a appliqué trente ans plus tard à Lance Armstrong.
    « De ces champions arrivés à la condition de machines, de robots, de martiens, le plus exemplaire, c'est Merckx. À la fois une merveille et une usine. Merveille glacée et usine taylorisée. [...] Autour de lui, le Capitalisme s'en servant comme d'un produit destiné à lancer des produits – pas des vélos mais du café. Autour de lui, la grande Finance internationale, l'énorme Commerce, la Publicité à gogo. [...] Et les concurrents, les rivaux osent à peine lutter contre lui, se partageant ses miettes, condamnés à l'avance par la peur. Merckx tellement puissant qu'il régente le fric, pour lui, ses associés, ses adversaires. Tout, dans la course, dépend donc de Merckx et de son bon vouloir. »
  • 1995 : La dix-septième étape, Pau-Bordeaux, est le cadre d'un roman de Jean-Bernard Pouy, 54 × 13 (L'Atalante, 1996) : un jeune coureur dunkerquois, Lilian Fauger, fait croire au peloton que sa famille l'attend au km 83, à Caupenne-d'Armagnac ; après avoir pris de l'avance pour la saluer, il ne s'arrête pas, mais poursuit son effort en tentant d'emmener le 54 × 13. Ses quatre heures d'échappée solitaire sont l'occasion d'un monologue intérieur, inspiré par le « code Wegmuller », et sur lequel plane l'ombre de Fabio Casartelli, mort deux jours plus tôt dans la descente du Portet d'Aspet.
    La douzième étape, Saint-Étienne-Mende (14 juillet 1995, victoire de Laurent Jalabert) est aussi le cadre d'une nouvelle de Jean-Bernard Pouy (« La FêtNat », dans C'est mon Tour, Eden, 2003).
  • 1996 : Tour suivi par Paul Fournel pour L'Humanité. Ses articles ont été réunis en annexe de son livre Besoin de vélo (Le Seuil, 2001).
  • 2003 : Bernard Chambaz a fait à vélo le parcours du Tour du centenaire (3361 km) en précédant les coureurs d'une semaine. De cette expérience, il a tiré des chroniques pour France Inter et un livre, À mon Tour (Le Seuil, 2003).
  • 2005 : Tour suivi par Pascal d'Huez, avec un jour de retard sur les coureurs, dont il a tiré des chroniques pour Sport & Erotism, reprise dans son recueil L'Ami des champions (Le Pas d'oiseau, 2007).