Retrouvez chaque jour sur la route du Tour de France 2008 l'authentique
Pascal d'Huez, embarqué sur le porte-bagages de l'émotion
ART & SPORT
 
« Le métier de pacemaker est un métier ingrat. Bien cambré sur sa grosse moto, les jambes bien verticales, les avant-bras collés au corps pour fournir le meilleur abri possible, il tire le stayer et dirige sa course de manière à lui imposer le minimum d'efforts tout en essayant de se placer dans des conditions favorables pour attaquer tel ou tel adversaire. Dans cette position terriblement fatigante où presque tout le poids du corps porte sur l'extrémité du pied gauche, et qu'il doit conserver pendant une heure ou une heure et demie sans remuer un bras ou une jambe, le pacemaker voit à peine son stayer et ne peut pratiquement pas, à cause du rugissement des machines, recevoir des messages de lui : tout au plus peut-il lui communiquer, au moyen de brefs signes de tête dont la signification est convenue d'avance, qu'il va accélérer, ralentir, monter aux balustrades, plonger à la corde, ou passer tel adversaire. Le reste, l'état de fraîcheur du coureur, sa combativité, son moral, il doit le deviner... »
(Georges Perec, La Vie mode d'emploi)
« … le lecteur éprouve, ou n'éprouve pas, au fil des pages ce sentiment de légèreté, de liberté délestée et pourtant happée à mesure, qu'on pourrait comparer à la sensation du stayer aspiré dans le remous de son entraîneur ; et en effet, dans le cas d'une conjonction heureuse, on peut dire que le lecteur colle à l'œuvre, vient combler de seconde en seconde la capacité exacte du moule d'air creusé par sa rapidité vorace, forme avec elle au vent égal des pages tournées ce bloc de vitesse huilée et sans défaillance dont le souvenir, lorsque la dernière page est venue brutalement “couper les gaz”, nous laisse étourdis, un peu vacillants sur notre lancée, comme en proie à un début de nausée et à cette sensation si particulière des “jambes de coton”... »
(Julien Gracq, La Littérature à l'estomac) |